Sénégal : La mort de manifestants à l’approche des élections législatives doit faire l’objet d’une enquête

Sénégal : La mort de manifestants à l’approche des élections législatives doit faire l’objet d’une enquête - Civic Space

riot police around the house of an opposition leader

ARTICLE 19 condamne fermement la répression meurtrière des forces de sécurité lors des manifestations du 17 juin 2022 au Sénégal, ayant causé la mort de quatre manifestants, plusieurs blessés et l’arrestation d’opposants politiques. Nous invitons les autorités sénégalaises à garantir les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’opinion, à libérer les opposants politiques arrêtés, et à enquêter et traduire en justice les responsables de la mort des manifestants. 

Le 17 juin 2022, dans plusieurs villes et régions du Sénégal, des manifestations ont été réprimées de façon meurtrière par les forces de l’ordre.  Le bilan de cette répression sanglante est porté à quatre morts, dont deux dans la capitale Dakar, deux dans le sud du pays à Ziguinchor et Bignona. Plusieurs blessés ont également été recensés, sans compter l’arrestation de quatre membres de l’opposition dont Ahmed AIDARA, Déthié FALL, Mame Diarra FAM et Guy Marius SAGNA. Les trois premiers nommés sont actuellement placés sous mandat de dépôt pour participation à un rassemblement illégal, entre autres charges. Un peu plus tôt dans la journée, les autorités avaient déployé la police anti-émeute autour de Dakar, principalement devant les domiciles de deux leaders clés de l’opposition que sont Ousmane Sonko et Barthelemy Diaz, qui avaient appelé aux manifestations.

Ces manifestations visaient à dénoncer le rejet de la liste nationale des leaders de la coalition  »Yewwi Askan Wi » pour les élections législatives de juillet 2022. Le 15 juin, les autorités avaient refusé d’autoriser la manifestation en invoquant de possibles « menaces de troubles à l’ordre public ». Elles ont également allégué qu’une telle manifestation violerait le Code électoral, notamment l’article L.61 qui interdit toute propagande « déguisée » dans les 30 jours précédant l’ouverture de la campagne électorale.

« Les autorités doivent comprendre que la liberté de manifester est un droit constitutionnel qui n’est soumis à aucune autorisation mais à une simple notification au ministère de l’Intérieur. En outre, une manifestation autorisée et contrôlée a plus de chances d’être apaisée et dénuée de violence, à l’instar de la manifestation organisée le 8 juin par ce même groupe de personnes. ARTICLE 19 condamne l’utilisation injustifiée de la force létale lors d’une manifestation. » déclare Jeanne Irène NGUIDJOI, chargée de programme Sénior à ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest.

Les pouvoirs publics sénégalais sont tenus de protéger le droit de manifester pacifiquement, tel que consacré par l’article 8 de la Constitution et doivent veiller à ce que les forces de sécurité ne se livrent pas à un usage inutile de la force lors des manifestations. Elles ont l’obligation d’assurer la sécurité des manifestations comme l’exigent les normes internationales. En effet, les Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des loisdisposent expressément que : « Les responsables de l’application des lois, dans l’accomplissement de leurs fonctions, auront recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d’armes à feu. Ils ne peuvent faire usage de la force ou d’armes à feu que si les autres moyens restent sans effet ou ne permettent pas d’escompter le résultat désiré. »

Les Lignes directrices pour le maintien de l’ordre par les agents chargés de l’application des lois lors des réunions en Afriqueprécisent également que : « Les agents chargés de l’application des lois doivent être soumis à des mécanismes de contrôle. Le non-respect des lois et règlements concernant les réunions par les agents chargés de l’application des lois doit être considéré comme une infraction. En particulier, l’usage arbitraire ou excessif de la force et de la torture ou de tout traitement ou peine cruel, inhumain ou dégradant devrait être considéré comme un crime dans la législation nationale. De plus, les procédures disciplinaires et judiciaires à l’encontre des agents chargés de l’application des lois doivent respecter le principe d’équité procédurale. »

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Maateuw Mbaye Assistante de programme, ARTICLE 19 Sénégal/Afrique de l’Ouest Email : maateuwmbaye@article19.org  T : +221785958337

Ou

Aissata Diallo Dieng, Responsable de bureau, ARTICLE 19 Sénégal/Afrique de l’Ouest

Email : senegal@article19.org T : +221338690322

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